Archives de catégorie : Témoignages de l’oral

Témoignage de l’oral #8

“Pendant les deux courtes semaines qui s’écoulent après les résultats de l’écrit, irrémédiablement choquée je tente de me préparer à l’oral tout en révisant pour mon oral de bac d’euro anglais qui se passe entre deux. Encore une fois, tout est possible, encore davantage qu’à l’écrit puisque j’ai la possibilité de faire mes preuves autrement que sur une copie anonyme et corrigée par ordi. Mais dans le même temps je me sens démunie à cause de mon âge et de mon manque d’expérience, même si j’ai eu la chance non négligeable de rencontrer deux orthophonistes qui ont répondu à toutes mes questions et ont confirmé mon choix. Malgré tout donc je garde la foi grâce à mes amis qui me surmotivent, ma famille qui croit en moi et une étudiante ortho amiénoise qui prend de son temps pour me coacher.

Le jour J, le jury composé d’un orthophoniste et d’une psychologue est adorable. Les petits exercices ne sont pas difficiles même si avec le stress je fais quelques gaffes. Au final, quand je sors, à défaut d’être confiante je suis assez satisfaite car j’ai pu parler des éléments qui me tenaient à coeur.

Cette fois le stress des résultats est bien présent et le 2e choc intersidéral à la vue de mon nom dans le liste des admis est incomparable. Cerise sur le gâteau, une amie de lycée avec qui j’étais en première est prise également, et nous voilà les heureuses benjamines de la promo.”

Témoignage de l’oral #7

” Après avoir mis un peu (beaucoup) de pif à l’écrit et décroché l’admissibilité alors que mes amis non, j’étais doublement motivée pour l’oral : il fallait que je réussisse pour moi, mais aussi pour eux.

Beaucoup de personnes ne sont allées à l’oral qu’à Lille, et pour elles c’était tout simplement le bon oral. Moi, j’arrivais à Lille avec deux oraux derrière moi (Amiens et Lyon). Oraux que j’avais complètement ratés (pour de vrai, puisque j’ai été éliminée aux deux), mais qui m’ont permis de progresser, de comprendre ce qui m’avait manqué, de savoir ce que je devais dire exactement. N’hésitez donc pas à faire plein d’oraux blancs, avec des personnes qui vous mettrons en difficulté : c’est comme ça que vous apprendrez !

Au début de mon oral, seulement la psychologue était là. Elle m’a demandé mon âge, d’où je venais, quel bac j’avais fait, si je sortais de prépa… Puis j’ai parlé de mes passions, qu’elle a un peu développées. Ensuite elle a voulu savoir quels autres concours j’avais passés, quelles étaient mes qualités, et comment j’avais découvert l’orthophonie. C’est seulement à ce moment-là que l’orthophoniste est entrée dans la salle (elle accompagnait la candidate précédente à un deuxième oral) et m’a demandé si j’avais rencontré des orthophonistes.

Enfin, on est passées aux exercices techniques : lecture de textes avec trois logatomes, écriture de quatre logatomes dictés, répétition de deux phrases chuchotées dans mon dos.

Pour finir, elles m’ont demandé si j’avais quelque chose à ajouter, et j’ai donné les raisons pour lesquelles Lille m’attirait : envie de découvrir une autre ville, école dynamique, etc.

Quand je suis sortie, je me suis dit que ça avait été super court, et la tête des filles dans le couloir a confirmé ça. Petit coup d’oeil à ma montre, et oulah, oui ! Un entretien de 5 minutes alors que la “norme” est à 15-20 minutes…

J’étais contente de moi mais du coup je ne savais pas quoi en penser. Et finalement, me voilà à Lille ! Votre oral sera peut-être très différent des autres, mais ça ne veut pas dire qu’il était nul 😉 On se voit en septembre ! “

Témoignage de l’oral #6

” Petit témoignage de « vieille » 😉 :

Ce petit témoignage rapide car je sais qu’on se pose mille questions par rapport à notre âge…

Pour moi, ce changement d’orientation était une évidence. A 36 ans, enfin, je savais ce que je voulais faire professionnellement, comme si tous mes centres d’intérêt s’étaient incarnés dans ce métier.

Je m’étais préparée seule pour les écrits, avec un peu d’aide trouvée de-ci, de là sur internet et quelques cours de prépa achetés à une élève de Lille.

Pour les oraux, j’avais cette certitude, cette force de me dire que c’était CE métier-là qui est fait pour moi, qu’enfin j’ai trouvé ma voie.
Cela dit, un peu peur aussi qu’on me trouve un problème de déglutition ou d’élocution. Mais a priori tout va bien 😉

Cette différence aussi, celle d’être plus âgée, celle d’être dans une reconversion pro. Si vous êtes dans ce cas, dites-vous bien que c’est votre plus grande force : votre projet paraîtra souvent bien plus solide que celui de quelques personnes qui se sont dirigées au hasard vers ce métier (attention, je ne dis pas que ça concerne beaucoup de personnes, mais il y en a !). Votre parcours antérieur intéressera souvent le jury, qui apprécie d’avoir, parmi les futurs étudiants, des profils hétérogènes.

Quelques petits conseils pour finir :
Ne stressez pas trop, les personnes que vous aurez en face de vous sont bienveillantes et ne cherchent pas à vous piéger. Donc soyez vous-même.
Enfin, ne vous fiez pas à ce qu’on dit sur le Nord : même s’il est prévu une forte baisse de température ce week-end, il est tout à fait probable que dans le couloir des oraux, vous ayez beaucoup trop chaud. Donc pensez « oignon » : vous enlèverez quelques « épluchures » (de vêtements) si nécessaire.

Une bouteille d’eau, votre plus beau sourire, et dans votre tête, votre beau projet… On vous retrouve en septembre.”


Témoignage de l’oral #5

“J’habite en région parisienne et je suis convoquée à 11h30, mon amoureux décide alors de m’amener en voiture afin que je sois plus tranquille.
Je vérifie que mon nouveau t-shirt acheté spécialement pour l’occasion est bien repassé, que mes cheveux ne sont pas gras, que j’ai pas de truc coincé entre les dents, que j’ai des chewing-gum pour que le jury soit épaté tellement ma bouche sentira bon… Bon hop, en voiture ! En plus il fait beau, c’est cool, dans quelques heures je suis en vacances comme tous les gens normaux sur cette planète… et là, LE DRAME, voilà qu’on se retrouve dans des mégas bouchons de la mort qui tue à 20mn de chez moi (ne pas pleurer, ne pas pleurer) et qui ont l’air de durer une éternité ! Heureusement qu’on avait pris large !
On arrive à la fac, avec pas vraiment bcp d’avance (oh lala, je vais devoir abandonner l’idée du pipi, j’aurais dû prévoir une couche, je le savais !), on prend les 1ers escaliers qu’on voit, on cherche, on cherche encore, ON NE TROUVE PAS MA SALLE ni même le couloir rempli de candidats ! On croise alors une fille, elle a pris les mêmes escaliers que nous, elle ne trouve pas non plus sa salle (quel fou rire lorsqu’on s’est retrouvées à la rentrée !). On finit par trouver quelqu’un qui nous explique qu’on n’a pas pris le bon escalier, on refait donc le bon trajet et quel soulagement lorsqu’on voit enfin le fameux couloir ! Je suis censée passer maintenant, oups, ils m’ont visiblement appelée, la personne suivante est rentrée…
Arrive mon tour (je n’ai toujours pas fait pipi dans l’histoire moi !)
Je ne me souviens pas de tout mais on me demande de me présenter, de donner mon parcours scolaire… Je ne me souviens pas si c’était mon cas mais j’ai une amie qui a aussi parlé de ses expériences professionnelles (avec sûrement les questions “Pourquoi”, “Qu’est-ce que vous avez apprécié dans ce job”). Elle a aussi parlé de tous les sports qu’elle a pratiqués (et également explicité ce qu’elle aimait bien dedans) et c’est bien d’essayer de relier ça à l’ortho. Pour exemple : un sport en équipe : la victoire dépend de tt le monde, tu ne peux pas jouer solo, et bien dans le métier c’est pareil ! La réussite d’une rééducation dépend de toi mais aussi du patient, on forme une équipe, les 2 doivent s’impliquer.
A un moment on me demande de donner (je ne me souviens pas du nombre exact) des qualités et des défauts, et dire comment je pense qu’ils pourraient m’être utiles dans ce métier. Et là, encore une fois, C’EST LE DRAME. Je m’étais pourtant préparée à cette question mais GROS BUG pour les défauts, j’ai cité des qualités et puis, gros blanc, je n’ai réussi à sortir aucun défaut !! J’ai alors dit (sûrement aussi pour me déstresser haha) “Je suis vraiment désolée, je ne me considère absolument pas comme parfaite hein je vous l’assure ! Mais là j’ai un réel trou” et le jury (2 personnes) a alors rigolé avec moi (ouf, elles ont l’air de compatir à mon stress).
Vient la question fatidique “Pourquoi ortho et pas psychomot” ? (la question peut revenir avec tous les autres métiers paramédicaux et avec institutrice je pense). Encore une preuve qu’ils sont bienveillants, je ne savais pas trop quoi répondre et ils m’ont aidée en me disant de trouver ce qui, à mes yeux, me manquerait si je faisais psychomot. Du coup, ça implique de trouver tes motivations pour ortho bien évidemment.
Ensuite on m’a lu des logatomes que je devais écrire sur une feuille (ils regardent bien sûr ta compétence à écrire les logatomes mais aussi comment tu tiens ton stylo. Je ne pense pas qu’il y ait une manière éliminatoire de tenir son stylo haha, mais pour le coup moi je le tiens avec 4 doigts, et on m’a dit que pour plus tard il faudrait que je le tienne à 3 doigts, ce qui est la manière “normale” de tenir un stylo à ce que j’ai cru comprendre, car c’est bien moins fatigant)
Après une des 2 personnes du jury se met derrière moi en chuchotant 3 ou 4 phrases que je devais répéter. Je ne me souviens plus des phrases mais en fait dedans il y avait un mot qui pouvait être confondu avec un autre mot qui pouvait aussi très bien aller dans la phrase, et donc le “piège” était d’entendre le bon mot je pense.
Je sors. NE PAS ME DEMANDER CE QU’IL S’EST PASSÉ J’AI DEJA TOUT OUBLIÉ, PIPI, MANGER puis rentrer et attendre patiemment (ou pas) les résultats

Le jury est vraiment bienveillant comparé à d’autres villes, et pour le coup pour ma part ça a été plus une réelle « discussion » qu’un « entretien » où les personnes assises en face de vous se proclament dictateurs tout-puissants.

Bon courage à tous, on vous attend l’année prochaine ! DONNEZ-TOUT !!! “

Témoignage de l’oral #4

” Malgré 7 concours tentés, je n’ai été admissible qu’à Lille et Rouen. Par chance, je n’ai passé que l’oral de Lille. Je stressais beaucoup car cet oral devenait un coef 3 l’an dernier et était supposé être nouveau, mais nous n’avions pas d’infos supplémentaires sur son contenu. J’ai néanmoins pris un sacré plaisir à le travailler après tous ces écrits si répétitifs et lassants, enfin j’allais avoir la possibilité de m’exprimer et de défendre mon cas, et en plus, partir à Lille ne me dérangeait absolument pas. J’ai travaillé mes qualités et défauts, quelques pathologies dans les grands traits, ma définition du métier, ses origines, pourquoi je souhaitais me reconvertir, j’ai aussi pris quelques notes sur le Nord et Lille, et j’ai fait beaucoup de virelangues car j’ai tendance à parler (très) vite et ça m’a plutôt aidée à mieux articuler pour le jour J. J’ai également revu la grammaire, notamment comment expliquer très simplement les règles à quelqu’un qui ne les connaît pas, mais ça ne m’a pas servi le jour de l’oral. Idem pour la comptine ou la chanson que j’avais apprises par cœur. Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas se préparer à ça, je parle juste de l’oral de l’an dernier.
Et le jour J justement, j’avais rdv à 11h, il faisait un temps magnifique, et j’avais chaud ! Je suis arrivée en nage en haut des escaliers du département d ‘orthophonie avec ma valise, vers 10h50. Malgré mon grand âge, j’ai été subitement impressionnée par la masse de personnes qui attendaient dans le couloir, d’un coup je me suis sentie vraiment toute petite. Et puis j’ai repéré la salle, je me suis assise en face, sur une chaise du couloir… et j’ai été appelée à peine 2 minutes plus tard ! Gros stress car j’étais encore essoufflée et pas prête psychologiquement à entrer dans le vif du sujet aussi vite ! Donc un conseil : arrivez plus tôt !
Je m’installe face à une jeune femme très souriante, qui écrivait tout, et une autre plus fermée, mais cette attitude est justement un test alors pas de panique. Les questions qui me reviennent en tête concernaient mon parcours, pourquoi ortho, mes attaches dans la région d’où je venais car la « dame fermée » a bien insisté sur le fait qu’on ne pouvait pas quitter le centre de formation (CF) d’ortho de Lille une fois qu’on y entrait, mes qualités/défauts, ma définition du métier d’ortho, les matières qu’on étudiait dans le CF, où je me voyais dans 5 ans, si je pensais travailler en libéral ou en structure… Ensuite il y a eu les logatomes à écrire en majuscules sur une feuille ramassée à la fin, des phrases chuchotées derrière moi par la « dame fermée » et à répéter, et enfin il y a eu un message vocal à lire, message contenant des noms de médicaments (pensez à mettre de la vie dans votre lecture). Au début, j’ai parlé hyyyper vite et je me sentais m’enfoncer dans ma chaise, c’était affreux ! Et puis j’ai pris sur moi, j’ai repris mon souffle, je me suis calmée, j’ai souri mais de façon naturelle (!), j’ai répondu tranquillement aux questions, j’ai pris soin de regarder chaque membre du jury quand je parlais, et j’ai même réussi à lâcher une blagounette qui a plutôt plu 😉 Je suis sortie de cet oral contente de moi. Rien n’était gagné pour autant, mais je n’avais pas été piégée, j’avais su répondre à tout et je n’avais pas de regrets. Les dés étaient jetés. Je me suis quand interrogée sur les critères de sélection si les questions n’étaient pas plus méchantes (je dis ça en tout modestie, sincèrement), mais il y avait l’histoire du quota en suspens qui était plutôt menaçante…
Préparez-vous bien, souriez sans en faire trop, soyez naturelles et prêtes pour le jour J, ne récitez pas par cœur vos réponses bien entendu, le jury aime la spontanéité. Et là encore, n’écoutez pas celles qui vous diront « ah mais moi j’ai fait les oraux de ça, ça et ça et puis ça ! » ou « ah mais moi j’ai déjà tel oral et tel autre mais je préfère avoir le plus de choix possibles » : on s’en fout !
Bonne chance à toutes !!!
Et question tenue, j’avais mis un jean noir, un petit haut rose et une veste noire, histoire de me sentir à l’aise et jolie, ça peut mettre un peu de baume au cœur quand on stresse.”

Témoignage de l’oral #3

” Quand les résultats d’admissibilité à l’oral sont tombés et que j’ai vu mon nom dans la liste, j’ai paniqué : je n’étais pas prête et n’avais que deux semaines pour l’être, autant dire mission impossible pour moi, parce que j’avais tendance à me laisser déstabiliser facilement (assez paradoxal pour une future ortho me direz-vous…).

Mais mes parents m’ont tout de suite prise en main, et pendant quinze jours ils m’ont posé 20 000 questions sur moi et l’orthophonie à table, dans la voiture, dès qu’ils pouvaient ! Mon pauvre petit frère, qui devait tellement être soûlé, a été mis à contribution et m’a fait répéter des séries de logatomes et de chiffres, parce que j’avais lu que ça pouvait tomber (je cherchais des infos un peu partout pour essayer de cerner ce qu’on pouvait attendre de moi). J’ai aussi reçu un milliard de conseils de la part de mes amis, mes profs, même de simples connaissances !

Et puis il a bien fallu y aller ! Je passais le matin, dans les 5 premiers candidats, ce qui m’allait très bien car je ne voulais pas passer une matinée à stresser. Quand je suis arrivée, j’ai découvert que beaucoup de filles se connaissaient et parlaient entre elles. Moi j’attendais mon tour toute seule, me décomposant un peu plus de minute en minute. Le stress montait et j’essayais de me raccrocher à n’importe quelle idée : que mes oraux de langue au bac s’étaient bien passés, qu’au pire je recommencerais l’année suivante… J’ai finalement été appelée par une dame très souriante, à qui j’ai tendu en tremblant ma carte d’identité. La première chose qu’on m’a dite : “Ah ! Une lilloise !”, ce qui a permis d’engager la conversation facilement et de me détendre un peu. La psychologue a d’abord mené les choses, me demandant mon âge, si j’étais mariée (ce devait être pour la forme, mais ça m’a fait sourire un peu plus), mes centres d’intérêt etc. L’orthophoniste voulait savoir ce qui m’avait amenée à l’orthophonie, comment je m’étais préparée au concours. C’est également elle qui a dirigé les exercices techniques : lire un petit texte, répéter des phrases, écrire des logatomes.

Je ne sais pas combien de temps ça a réellement duré, peut-être cinq minutes, peut-être vingt, j’avais complètement perdu la notion du temps mais je me sentais plutôt à l’aise face à ces deux dames très agréables. Après la délibération, j’ai rejoint ma mère qui m’attendait dehors, au soleil, et on est parties en virée shopping, il fallait bien me remettre de mes émotions ! Je me sentais toute légère grâce à l’adrénaline et surtout heureuse que ça soit terminé.

Deux autres semaines sont passées, pendant lesquelles j’étais occupée à réviser pour le bac donc l’attente ne m’a pas paru très longue. Et en rentrant de mon épreuve de philo, j’ai vu que les résultats étaient parus un peu en avance, et que mon nom était sur la liste principale ! Je me foutais du classement, tout ce que je voyais c’était mon nom. Autant dire qu’un hurlement et une petite larme m’ont échappé, avant que le téléphone ne se mette à vibrer sans arrêt (les nouvelles vont vite, comme on dit !)

Et me voilà à réviser pour les partiels du second semestre ! C’était impensable d’en arriver là quand j’ai commencé à travailler pour le concours, et pourtant… C’est assez bizarre d’être là à écrire ce témoignage, mais tout ce pâté peut peut-être servir à quelqu’un, pour lui dire que c’est possible, faut rien lâcher.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bon courage à tous, à bientôt à Lille ! (; “

Témoignage de l’oral #2

“Le jour de l’oral, il faisait un soleil radieux. J’avais mis une robe car ma mère avait insisté sur le fait qu’il fallait s’habiller un peu classe et que, non, je ne pourrais pas y aller en jean. Au final, la plupart des filles étaient vêtues d’un jean, haha.
J’étais arrivée trois heures en avance à mon oral car, au téléphone, le secrétariat m’avait affirmé que tous les candidats du matin devaient être là à 8H, en cas de désistement des candidats avant nous. J’ai donc fait des vocalises dans un jardin avec des lapins, en face de la faculté, et j’ai relu rapidement en quoi consistait le métier d’orthophoniste. J’ai aussi mangé une grande quantité de chocolat avant de me brosser les dents et d’aller attendre dans le couloir.
Pendant les deux semaines de latence entre la parution des convocations à l’oral et la date de celui-ci, j’ai demandé à mon entourage de me décrire pour que je sache le faire le jour de l’oral. J’ai aussi passé mon temps à lire à voix haute et à glaner des infos sur les forums.
Pendant l’oral, je suis tombée sur deux femmes très souriantes qui m’ont demandé de me décrire, moi puis mon parcours, pourquoi j’ai choisi Lille, les qualités pour être ortho. J’ai évoqué une situation personnelle qui m’avait touchée et j’ai eu peur que ça me décrédibilise mais finalement ça a lancé un débat sur la sensibilité dans le métier d’ortho. Puis, j’ai dû lire une phrase avec des médicaments aux noms compliqués. Ensuite, j’ai dû écrire des logatomes (genre “enjourbaner”), les mains tremblantes et malhabiles. En 20min, c’était terminé et je retournais pique-niquer avec les lapins avant de reprendre mon train.
Il n’y a eu aucun piège, aucun motif de stress, aucun moyen de déterminer si c’était réussi ou pas.”

Témoignage de l’oral #1

” L’oral de Lille avait la réputation pendant plusieurs années de n’être qu’une formalité ; des tests très simples pour vérifier que l’on était apte à devenir orthophoniste. Il y avait quasiment autant de candidats à l’oral que d’admis, donc si on avait réussi à passer l’écrit on était quasiment sûr d’intégrer l’école. Pour couronner le tout, l’ordre de passage était supposé suivre l’ordre du classement, et ainsi nous donner une précision sur notre positionnement quant à notre réussite.
Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu, cette année, l’oral de Lille nous avait été annoncé comme bien plus important dans la note finale. L’ordre de passage serait alphabétique, et les épreuves changeraient. Impossible donc de se préparer pleinement à cette épreuve, qui se devait pleine de surprises.
Le jour J, j’étais assez stressée. Pourtant, je savais que les examinateurs avaient la réputation d’être bienveillants et de mettre à l’aise les candidats. Comme je viens de Paris, mon père avait eu la gentillesse de proposer de m’accompagner en voiture, et mon petit frère, qui était en vacances, voulait également nous accompagner – pour me soutenir, mais aussi pour voir du pays. Le programme était fait : je devais me présenter le matin à 10h, puis pour se changer les idées, nous irions, tous les trois, déjeuner, visiter le centre-ville et se familiariser avec ma potentielle future région.
Nous sommes donc partis très tôt : il fallait prévoir environ deux heures et demie de trajet, plus une marge de sécurité. Et heureusement que nous avions prévu large, car des embouteillages nous attendaient à l’entrée de Lille, et pour trouver, en voiture, la fac de médecine et un parking, c’est encore une autre affaire.
Bref, je suis arrivée à peine 10minutes avant mon passage. Bien entendu, pour passer un oral, on se prépare, on se met un joli chemisier (ou autre, du moment que c’est élégant), mais c’était sans compter sur la météo. Le début de juin était particulièrement chaud et j’ai dû prendre sur moi pendant l’épreuve. J’en profite pour vous donner un conseil tout de suite : prévoyez une tenue de rechange !
Je dois dire, cependant, que c’était le seul inconvénient pendant mon entretien. Tout le reste était bien orchestré et rassurant.
En arrivant devant la salle, j’ai eu la surprise de croiser une amie de prépa qui attendait pour la salle d’à côté. On a parlé un tout petit peu, ce qui a aidé à faire descendre d’un cran la pression. Au bout de quelques minutes, la fille qui passait avant moi est sortie de la salle. Elle devait attendre pour savoir si elle avait besoin d’aller faire un examen complémentaire. C’est la procédure : on se présente devant les jurés, et s’ils estiment que c’est nécessaire, on repasse un oral pour vérifier que tout va bien. J’en profite alors pour lui demander des détails, mais elle n’a pas beaucoup à raconter, son esprit s’est vidé en passant la porte, comme pour beaucoup d’entre nous.
Je suis appelée quelques minutes plus tard. J’entre dans la pièce et je rencontre deux femmes souriantes qui se présentent comme une psychologue et une orthophoniste. Je découvrirai deux mois plus tard que l’orthophoniste n’est autre que l’un des professeurs de sciences de l’éducation en première année.
L’entrevue est surtout menée par la psychologue qui remplit une feuille en fonction de mes réponses. D’abord quelques questions formelles sur mon identité me sont posées, et enfin, on me demande inévitablement de me présenter, présenter mon parcours ainsi que mes motivations. Je tente de rester calme, les pieds ancrés dans le sol, me concentrant sur ma respiration pour ne pas faire trembler ma voix. Les deux jurées sont souriantes, réagissent à mes dires à bon escient, sans jamais me couper la parole ou me prendre pour une abrutie -comme dans certaines autres villes- et après quelques demandes de précisions, arrivent les épreuves plus pratiques. Rien ne semble destiné à me piéger, je suis finalement préparée à la plupart des tests grâce à ma prépa mais aussi à mes proches, que j’ai bassinés avec mes suites logiques et mes logatomes. Il m’est demandé de lire un texte très cout et facile, dans lequel s’insinuent quelques logatomes qui sont supposés être des noms de médicaments. Je m’aperçois trop tard qu’il s’agit de la retranscription d’un message vocal. Zut, j’aurais pu mettre le ton ! Tant pis, je ne me laisse pas déstabiliser pour la suite. On me tend ensuite un papier et un stylo pour une dictée de logatomes (encore eux !). J’écris à l’instinct, et lors de la relecture, l’orthophoniste prononce un des mots différemment. Je le corrige, mais je suis certaine que c’est un piège, je ne me laisse pas déconcentrer car je sais que j’ai bien entendu les deux fois. Enfin, pour la dernière épreuve, l’orthophoniste vient se placer derrière moi et chuchote quelques phrases que je dois répéter. Elles sont globalement simples, malgré un mot que je ne connais pas – une des nombreuses désignations de la couleur rouge, me semble-t-il – et l’entretien est fini en un rien de temps.
Je sors de la salle, ma tête, à son tour, se vide. Je dois attendre que les jurées aient délibéré et appellent le candidat suivant avant de partir. Je tremble comme une feuille. Toute la pression retombe, je ris nerveusement en parlant à une autre fille, et je souffle enfin quand l’orthophoniste ouvre la porte, m’adresse un dernier sourire et appelle la candidate suivante.
Je retire ma veste et je bois beaucoup d’eau, prenant enfin conscience de la chaleur, et je repars, complètement désorientée, mais libérée d’un poids. Alea jacta est.
En descendant les escaliers je croise une de mes meilleures amies de prépa, qui monte elle aussi au 3e étage pour défendre sa place en orthophonie. On est toutes les deux euphoriques, elle, parce que le stresse monte au fil des marches qu’elle gravit, moi, l’inverse. On a tout juste le temps de se prendre dans les bras, de se raconter nos aventures pour arriver à Lille, et je la préviens rapidement pour le message truffé de logatomes à lire avec le ton. Un dernier « Respire ! » et je redescends trouver mon père et mon frère.

A peine deux semaines plus tard, les classements sont publiés. Là aussi il y a de la nouveauté : le numérus clausus, qui, depuis plusieurs années, culminait à 120 places, devait diminuer. La fac avait fait la demande de ne prendre que 90 personnes, mais des rumeurs annonçaient qu’il serait à 100. Dans tous les cas, il fallait espérer faire partie des 90 premiers pour être sûr de son sort. Une heure avant l’horaire prévu, je reçois un sms me disant d’allumer mon ordinateur. Je me dépêche et tente désespérément de trouver mon nom sur le tableau interminable. Et là, enfin, je l’ai. Je suis 76e, je peux être sûre que je serai en orthophonie à la rentrée prochaine. Je me fiche complètement du classement, première ou 89e, peu importe. Je regarde tous les autres noms et je suis aux anges en en reconnaissant autant. Je pleurs, ma mère pleure, mon frère fait semblant de ne pas pleurer, mon père au téléphone ne comprend rien de ce qu’on lui braille. C’est le bonheur.

Et me voilà, en train de finir de rédiger mon témoignage entre deux cours dans l’amphi du 3e étage. Ce soir je rentrerai chez moi, dans mon studio de Cormontaigne, et je prendrai mes billets de bus pour rentrer faire mes stages à Paris. La vie est belle, les oiseaux chantent et le soleil brille – si, de temps en temps, ça arrive dans le Nord. Je ne sais pas si me lire vous sera utile, je l’espère, mais en tout cas, j’ai hâte de lire prochainement vos propres témoignages !”